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Par intermittence, ce grand voyageur et auteur-compositeur
prolifique revient nous rappeler depuis déjà près de quatre décennies qu'on
doit compter avec lui à chaque tournant de notre histoire chansonnière. À la
fois très impliqué dans le monde de la chanson et de la création, Claude
Dubois est toujours aussi un peu en retrait, ne se laissant pas dévorer par
ses coups de coeur, qu'ils soient pour une cause, un mouvement ou même ses
propres initiatives. Se décrivant parfois "Comme un (tendre) voyou", il est
simplement, la plupart du temps, un homme libre.
Issu d'une famille modeste de l'Est de Montréal, Claude explore la rue
Sanguinet sous toutes ses coutures mais il rêve aux mots et à la musique.
Dès 1959, à l'âge de douze ans, il a l'occasion de chanter au sein d'un
groupe country appelé Les Montagnards. Sa voix qui n'a pas encore muée est
tout de même gravée sur un album 33 tours. Suite à cette aventure, il
commence bientôt à écrire ses propres chansons.
Cinq ans plus tard, c'est la salle de spectacles Le Patriote qui l'accueille
et en fait sa découverte de l'année. Mais ce n'est qu'en 1966 qu'il obtient
ses premiers succès sur disque avec "Ma petite vie" et "J'ai souvenir
encore". Cette année-là, il remporte, avec son premier album en solo, le
prix spécial du jury au Festival du disque. Le style ressemble aux
chansonniers de l'époque - guitare, voix - mais le chanteur n'a que 19 ans!
Ce premier virage est réussi. Sa voix haut perchée devient rapidement sa
marque de commerce alors que ses influences changent au rythme des
bouleversements sociaux de la deuxième moitié des années soixante.
Un deuxième microsillon nous le présente coiffé à la façon des musiciens
rock ou yé-yé, bien qu'il aborde des sujets plus sérieux: "Ceux que je
connais", "Le temps est responsable", "Sullivan". Mais au moment où les
médias semblent s'intéresser à lui, le voilà déjà loin sous d'autres cieux.
C'est que le jeune homme a la bougeotte et il aspire à découvrir le monde.
À son retour, il connaît une première fois les honneurs du palmarès avec sa
chanson "Comme un million de gens" qui allie une portée sociale certaine et
le rythme entraînant d'un rock à saveur country. L'envers du 45 tours,
"Dimension" est une autre réussite, portée par la vague psychédélique.
Claude reprend aussitôt la route et explore un autre coin de la planète.
Entre ses escapades, il grave de nouvelles chansons dont "Salut p'tit frère",
"Bébé matin", "Tu sais", mais se trouve rarement disponible pour en assurer
le suivi promotionnel. Cette fois, il prend la direction de l'Europe d'où il
revient en 1972 avec un nouvel album sous le bras, simplement titré
"Dubois", sur étiquette Barclay. Il a tout produit lui-même et semble enfin
disposé à accepter l'accueil d'un public conquis par les textes des chansons
"Évolution", "Pas de roses" et surtout "Le Labrador" qui demeure un
classique à ce jour.
L'auteur compositeur interprète prend alors le pas sur le voyageur et il
propose, à quelques mois d'intervalle, un nouvel album de facture beaucoup
plus commerciale "Touchez Dubois" où l'on retrouve entre autres "Besoin pour
vivre", "La vie à la semaine", le blues forestier "Les bûcherons", la plus
cosmique "Urphée" et les chansons du 45 tours "Femmes de rêve"/"Bébé jajou
latoune", double succès au palmarès.
On le réclame comme animateur télé en 1973 pour Décibels à la SRC.
L'émission s'avère un succès et passe bientôt du format expérimental de 15
minutes à une durée standard. On y diffuse enfin des musiques jusqu'alors
confinées à l'écoute domestique. L'animateur chanteur en profite pour faire
connaître des artistes comme le Ville Émard Blues Band et le groupe
Contraction.
L'année suivante, il présente un nouvel album et une autre série de succès:
"L'infidèle", "Hibou", "L'espace qu'il lui reste" et "En voyage", qui
deviendra le thème musical de sa nouvelle émission télévisée. Des activités
professionnelles, Claude n'en manquera pas dans les années soixante-dix:
plusieurs grands spectacles à la Place des Arts de Montréal, cette autre
série intitulée Showbizz à Télé-Métropole en 1975 et plusieurs voyages à
l'étranger (États-Unis, France, Angleterre) où il combine vacances et
sessions d'enregistrement. Son image de rocker au coeur tendre lui va bien!
Son goût pour l'aventure transparaît aussi dans sa production musicale et il
devient un des tout premiers artistes à graver un album francophone sur
rythmes reggae. Les chansons "Sarabande" et "Artistes" demeurent les plus
connues de "Mellow Reggae".
Alors qu'il lance sa propre maison de production de disques, Pingouin, en
1978 et donne des concerts toujours très courus, Luc Plamondon et Michel
Berger lui confient le rôle de Zéro Janvier dans la version originale de
l'opéra rock "Starmania". Son interprétation de la pièce "Le Blues du
businessman" qui en est extraite lui vaut son plus grand succès en carrière
de même que le prix d'interprète masculin de l'année au gala de l'ADISQ en
1979.
Au tournant des années quatre-vingt, Claude connaît pourtant un écueil causé
par des problèmes de toxicomanie et doit se retirer quelque temps. Il grave
alors un autre de ses plus imposants succès "Femme de société" (Sally's
Song) en compagnie d'un compagnon d'épreuve, Leo Kay. En 1982, on retrouve
un Dubois métamorphosé qui conçoit le disque "Sortie Dubois" (200 000
exemplaires vendus); le jeu de mot lui va bien et se transporte sur toutes
les grandes scènes québécoises avec des chansons comme "Plein de tendresse"
et "Femmes ou filles" qui rejoignent peut-être encore plus qu'auparavant
toutes les catégories d'admirateurs et d'admiratrices. Claude est un gagnant
et les disques et les spectacles se poursuivront sans relâche tout au long
des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Il retrouve même son rôle dans
"Starmania" en 1989 pour une série de concerts à Paris.
Avec sa compagne, la comédienne Louise Marleau, Claude Dubois crée en 1996
un disque hommage à Frédérico Fellini qu'il appelle "Gelsomina" d'après un
personnage du film La Strada. Le contenu est bientôt monté sous forme de
spectacle avec nul autre que Robert Charlebois comme metteur en scène.
Vers la fin de 1998, Claude est victime d'un accident cardio-vasculaire
alors qu'il débute une série de récitals sur la scène du Casino de Montréal.
Quelques semaines de convalescence et le voilà de nouveau sur cette même
tribune, comme s'il voulait conjurer le sort. Il entreprend même de
transporter sur d'autres scènes ce spectacle nouveau genre, où il flirte
avec le style crooner, sous le titre Touchez Dubois! En 2000, il retourne au
Casino de Montréal dans un tout nouveau spectacle, Dubois debout, accompagné
d'une formation incluant un quatuor à cordes, sous la direction musicale du
guitariste Toyo. L'album "Dubois qui chante" en est tiré le printemps
suivant et sert à présenter au public ses nouvelles chansons "La calotte à
l'envers", "Chanson de la rue", "La haine de l'amour" et "Tire la langue".
Cette dernière, comme cela est arrivé à quelques reprises à son auteur,
suscite une brève controverse qui ne résiste pas bien longtemps aux
arguments de ses défenseurs!
Maintenant un habitué de l'endroit, Claude Dubois retourne sur la scène de
l'Île Notre-Dame en février 2002, toujours accompagné de sa section de
cordes pour un nouveau spectacle construit autour du concept de
l'enchantement et de sa chanson "Merlin", intitulé Dubois en chanteur.
L'année suivante, après son spectacle annuel, il entreprend l'enregistrement
d'un nouvel album en compagnie de son vieux complice Alain Sauvageau. Le
résultat: "Dubois - Dur et tendre", un album aux textes corsés qui se permet
quelques audaces rythmiques et où il retrouve la voix de son ancienne
choriste Martine St-Clair. Le disque qui paraît en octobre 2003 n'est pas
sans ravir ses fidèles admirateurs et lui en attirer quelques nouveaux.
On peut lire les textes des chansons de Claude Dubois dans le recueil
intitulé Fresque, paru chez VLB Éditeur en 1993. |